Quand il est question de troubles neurocognitifs, nous pensons d’abord à la mémoire. Pourtant, pour bien des familles, les premiers changements remarqués à la maison ont moins à voir avec les oublis. Votre proche fait peut-être une pause un peu plus longue en haut de l’escalier, ou fait couler un bain plus chaud qu’à son goût. Le court trajet de retour depuis la boîte aux lettres demande parfois un peu plus de réflexion.

Comprendre ce qui se cache derrière ces changements peut les rendre moins déroutants. Cela peut aussi vous orienter vers des solutions concrètes pour soutenir votre proche. Par exemple, cette pause dans l’escalier peut venir d’un changement dans la perception de la profondeur. Un éclairage plus vif et une main courante d’une couleur contrastante peuvent rendre chaque marche plus visible.

Cet article explore comment les changements cognitifs peuvent influencer la sécurité au quotidien. Il présente aussi comment les personnes proches aidantes peuvent s’adapter grâce à des aménagements réfléchis dans le domicile de leur proche, dans le respect de son autonomie.

Une réalité partagée partout dans le monde

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 57 millions de personnes vivent avec un trouble neurocognitif majeur dans le monde, et près de 10 millions de nouveaux cas apparaissent chaque année.

Derrière ces chiffres, il y a des millions de familles qui se posent les mêmes questions que vous en ce moment. Chaque personne vit son trouble neurocognitif à sa façon. Les chercheurs ont toutefois relevé des points communs dans la manière dont il influence la vie quotidienne à la maison. Voici ce que nous abordons :

  • Les différentes formes de troubles neurocognitifs et leurs effets sur la sécurité

  • Comment les changements de la vue et de la perception peuvent influencer les déplacements à la maison

  • Ce que dit la recherche sur l’équilibre, la mobilité et les chutes

  • Pourquoi l’eau chaude et les appareils familiers méritent un second regard

  • Que faire quand votre proche ne remarque pas les changements que vous observez

  • Premiers pas concrets pour les familles et les personnes proches aidantes

Les différentes formes de troubles neurocognitifs et leurs effets sur la sécurité

Le trouble neurocognitif majeur est un terme général qui désigne un ensemble de symptômes causés par différents changements dans le cerveau. L’Alzheimer en est la forme la plus courante et représente environ 60 à 70 % des cas. Chaque forme touche généralement d’abord des régions différentes du cerveau. Cela détermine quelles capacités du quotidien changent en premier.

L’Alzheimer commence le plus souvent par une difficulté à retenir les nouvelles informations, puisque les changements touchent généralement d’abord la région du cerveau liée à l’apprentissage. Il peut devenir plus difficile de se rappeler si la cuisinière a été éteinte ou si un médicament a déjà été pris.

Le trouble neurocognitif à corps de Lewy peut modifier la perception visuospatiale d’une personne aînée, c’est-à-dire la façon dont le cerveau évalue l’espace, la distance, la profondeur et la position des objets par rapport à son propre corps. Cela peut se traduire par un geste vers une tasse qui la manque, ou par une mauvaise évaluation du bord d’un cadre de porte. La vigilance et l’attention peuvent aussi varier de façon marquée. Votre proche peut être alerte et stable pendant une heure, puis un peu moins l’heure suivante.

Le trouble neurocognitif vasculaire peut rendre plus difficile le fait de planifier, d’organiser et de prendre des décisions. Il peut aussi s’accompagner d’une démarche plus lente et d’un équilibre moins stable. Suivre une recette familière étape par étape peut demander plus d’effort, et se lever d’une chaise basse peut nécessiter un appui plus solide. Ces changements évoluent souvent par paliers. Des périodes de déclin sont suivies de périodes de stabilité temporaire, puis de nouveaux changements.

Le trouble neurocognitif frontotemporal touche souvent la personnalité, le comportement, la parole et le jugement avant la mémoire. À la maison, votre proche peut avoir plus de mal à reconnaître certains risques, par exemple en se montrant très familier avec des inconnus ou en les invitant à entrer.

Si vous savez avec quelle forme de trouble neurocognitif votre proche vit, cela peut vous aider, vous et son équipe de soins, à anticiper le type de soutien qui pourrait être utile. Et si vous ne le savez pas encore, porter attention aux changements que vous remarquez est déjà une belle façon de commencer.

Comment les changements de la vue et de la perception peuvent influencer les déplacements à la maison

Voir fait appel aux yeux et au cerveau. Les yeux captent la lumière, et le cerveau la transforme en formes, en couleurs, en distances et en profondeur. Un trouble neurocognitif peut toucher cette deuxième étape. Les yeux peuvent donc être en santé alors que le cerveau a plus de difficulté à interpréter ce qu’ils voient. Les chercheurs parlent alors de changements visuoperceptifs ou visuospatiaux. En voici quelques exemples :

  • Mal évaluer les distances : la difficulté à évaluer la distance des objets est reconnue comme un signe précoce de trouble neurocognitif.

  • Une sensibilité réduite aux contrastes : distinguer des teintes semblables peut devenir de plus en plus difficile. Ces changements visuels augmentent le risque de chute et compliquent les routines quotidiennes. Par exemple, il peut être difficile de distinguer une toilette blanche contre un mur de la même couleur, ou de repérer une marche pâle sur un plancher clair.

  • La perception de la profondeur et la lumière : les changements de perception de la profondeur sont fréquents. Le passage d’un éclairage à un autre peut aussi être désorientant, par exemple d’une pièce lumineuse à un corridor sombre.

  • Des surfaces qui ressemblent à autre chose : un tapis de bain foncé peut être perçu comme un trou dans le plancher. Un tapis clair et uni est alors une option plus sécuritaire.

C’est pourquoi les recommandations pour la sécurité à domicile portent souvent sur l’éclairage, la clarté des planchers et le contraste des couleurs. Quelques ajustements peuvent aider votre proche à interpréter son environnement plus clairement :

  • Garder un éclairage vif et uniforme : ajouter des lampes dans les corridors, les escaliers et les entrées réduit les ombres déroutantes et les changements brusques de luminosité. Des veilleuses entre la chambre et la salle de bain aident aussi.

  • Utiliser la couleur pour faire ressortir les éléments : des barres d’appui, des rampes d’escalier ou des sièges de toilette d’une couleur qui contraste avec le mur sont plus visibles. Votre proche les repère et les saisit plus rapidement.

  • Choisir des planchers unis quand c’est possible : un revêtement de sol uni et mat aide à assurer chaque pas. Des rayures marquées ou des motifs chargés peuvent donner l’impression qu’une surface est inégale ou plus profonde qu’elle ne l’est.

Ce que dit la recherche sur l’équilibre, la mobilité et les chutes

Chez les personnes aînées vivant avec un trouble neurocognitif, le risque plus élevé de chute découle souvent de plusieurs facteurs combinés. Il y a les changements dans la démarche, l’équilibre et le traitement visuel. Il y a aussi des facteurs liés à l’environnement, comme des passages encombrés ou un éclairage faible. Comprendre comment ces facteurs interagissent aide les familles à cibler les améliorations les plus utiles.

Selon la recherche, près de la moitié (45,5 %) des personnes aînées vivant avec un trouble neurocognitif font au moins une chute par année, comparativement à 30,9 % de celles qui ne vivent pas de déclin cognitif. Les experts soulignent l’importance d’évaluer le domicile et le quartier de la personne, ainsi que ses capacités physiques et sa santé globale, pour bien prévenir les chutes.

Chez les personnes aînées, éliminer les risques liés à l’environnement peut réduire les chutes d’environ 26 % dans l’ensemble, et jusqu’à 38 % chez les personnes plus à risque. Ces chiffres montrent les bienfaits concrets d’un meilleur éclairage, de planchers adaptés et de passages plus accessibles.

Le bien-être physique et le mouvement jouent un rôle tout aussi important. Rester actif et garder une tension artérielle stable en position debout peut aider les personnes aînées vivant avec un trouble neurocognitif à maintenir un risque de chute plus faible. Les études sur les programmes d’exercice adaptés aux troubles neurocognitifs sont encore en développement. Travailler avec un ou une physiothérapeute pour adapter les exercices aux capacités de votre proche est donc souvent l’approche la plus efficace.

Voici des façons concrètes d’encourager la mobilité au quotidien et de créer un environnement plus sécuritaire :

  • Dégager les trajets fréquents : parcourez les chemins que votre proche emprunte le plus souvent, comme de la chambre à la salle de bain ou de la cuisine à son fauteuil préféré. Retirez tout ce qui pourrait faire trébucher.

  • Planifier une évaluation du risque de chute : demandez à un professionnel de la santé ou à un ou une physiothérapeute d’évaluer la démarche, la force et l’équilibre de votre proche.

  • Parler des étourdissements avec le médecin : informez son médecin si votre proche ressent des étourdissements en se levant. Il peut s’agir de baisses de tension artérielle liées à la posture, qui peuvent être prises en charge.

  • Revoir les médicaments : consultez son médecin ou l’équipe de sa pharmacie pour vous assurer que ses médicaments ne contribuent pas à des problèmes de vigilance ou d’instabilité.

  • Bouger ensemble : des routines agréables et partagées, comme une marche quotidienne, un peu de jardinage ou quelques pas de danse dans la cuisine, aident à développer la force tout en passant du temps de qualité ensemble.

Ces ajustements réfléchis aident votre proche à se déplacer avec confiance, dans un environnement sécuritaire et rassurant tout au long de la journée.

Pourquoi l’eau chaude et les appareils familiers méritent un second regard

Ouvrir le robinet ou utiliser la cuisinière sont des gestes que votre proche a probablement faits des milliers de fois sans y penser. Avec le temps, ces tâches peuvent toutefois demander un peu plus d’attention. Les personnes aînées vivant avec un trouble neurocognitif peuvent avoir de la difficulté à distinguer l’eau chaude de l’eau froide. Elles peuvent aussi oublier comment utiliser des appareils ménagers familiers. Quelques mesures de sécurité peuvent les aider à conserver leur autonomie et à profiter en tout confort d’activités quotidiennes comme se faire un thé ou prendre un bain chaud :

  • Contrôler la température de l’eau : régler le chauffe-eau à une température plus basse ou installer un thermomètre avec affichage de la température aide à prévenir les brûlures au robinet et dans la baignoire.

  • Sécuriser la cuisinière : des couvre-boutons, le retrait des boutons de commande ou la fermeture du gaz quand la cuisinière ne sert pas ajoutent une couche de tranquillité d’esprit. Vous pouvez aussi envisager un dispositif d’arrêt automatique qui coupe l’alimentation de la cuisinière au besoin.

  • Choisir des appareils à arrêt automatique : privilégiez les bouilloires et les petits électroménagers munis d’un arrêt automatique. Ils s’éteignent ainsi de façon sécuritaire s’ils sont laissés sans surveillance.

L’anosognosie, ou quand votre proche ne remarque pas les changements que vous observez

Il arrive que votre proche ne perçoive pas les changements que vous remarquez. Cela peut être un signe d’anosognosie. Ce symptôme survient quand le trouble neurocognitif touche la capacité du cerveau à reconnaître les changements dans sa propre pensée et ses propres capacités. L’anosognosie est plus fréquente aux stades avancés. Elle peut toutefois se manifester plus tôt, notamment dans le trouble neurocognitif frontotemporal ou le trouble neurocognitif léger.

Comprendre cette réalité peut changer votre façon d’aborder les conversations sur la sécurité. Quand votre proche ne perçoit pas les risques liés à des tâches quotidiennes comme monter l’escalier ou utiliser la cuisinière, cette réaction est une manifestation directe de l’anosognosie. Répéter la même inquiétude mène souvent à de la frustration de part et d’autre. L’Alzheimer’s Association suggère d’aborder ces moments avec empathie. Elle recommande aussi de privilégier un soutien qui respecte la façon dont votre proche perçoit ses propres capacités.

Pour vous aider à mener ces conversations ensemble, voici quelques approches tout en douceur :

  • Partir de ses priorités : présentez les ajustements sous l’angle du confort ou de ce qui lui fait plaisir, comme une lampe de lecture plus lumineuse à côté de son fauteuil préféré.

  • Offrir des choix qui comptent : impliquez votre proche dans les décisions en proposant des choix clairs, par exemple entre deux modèles de veilleuses ou de barres d’appui.

  • Miser sur un avis professionnel : les conseils ou les observations d’un ou une ergothérapeute ou d’un médecin semblent souvent plus objectifs que ceux des membres de la famille.

Premiers pas concrets pour les familles et les personnes proches aidantes

Les changements dans la perception de soi, la vue et l’équilibre posent chacun des défis particuliers pour la sécurité à domicile. Pourtant, bon nombre des solutions les plus utiles reposent sur les mêmes principes. Voici quelques conseils pour soutenir la sécurité de votre proche à la maison tout en préservant sa dignité et son autonomie :

  • Observer les tendances au fil du temps : un moment isolé est rarement préoccupant. Les changements persistants méritent toutefois d’être notés et partagés avec un professionnel de la santé.

  • Optimiser l’espace de vie : améliorer l’éclairage, augmenter le contraste des couleurs et dégager les passages aide votre proche à franchir les escaliers, les seuils et les portes avec plus d’assurance. Cela soutient à la fois la perception de la profondeur et des déplacements plus stables dans la maison.

  • Demander une visite à domicile en ergothérapie : un ou une ergothérapeute peut faire une évaluation complète du domicile et proposer des adaptations personnalisées. Les études montrent que les interventions de sécurité à domicile sont particulièrement efficaces lorsqu’elles sont guidées par un ou une ergothérapeute.

  • Miser sur le dialogue et l’inclusion : introduire les ajustements graduellement et prendre les décisions ensemble aide votre proche à percevoir ces changements comme un soutien plutôt qu’une contrainte.

  • Se tourner vers les réseaux de soutien locaux : des organisations comme Alzheimer’s Disease International mettent les familles en lien avec plus de 105 associations membres pour trouver des ressources et de l’aide près de chez elles.

Chaque personne vit son trouble neurocognitif différemment. Comprendre ce qui se cache derrière les changements que vous observez est un premier pas bienveillant. Il vous aide à aménager un domicile qui correspond à la vie que votre proche souhaite mener.

Ces renseignements sont fournis à titre informatif et ne remplacent pas un avis médical. Pour des conseils adaptés à votre situation, parlez-en à un professionnel de la santé.

Sources

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  • Alzheimer’s Association. “What is Alzheimer’s disease?” alz.org

  • Alzheimer Society of Canada. “Lewy body dementia,” 2023; “Vascular dementia,” 2023; “Frontotemporal dementia,” 2024. alzheimer.ca

  • Northwestern University Mesulam Center for Cognitive Neurology and Alzheimer’s Disease. “Behavioral variant frontotemporal dementia.” brain.northwestern.edu

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  • Alzheimer’s Society (U.K.). “Making your home dementia friendly.” Reviewed 2026. alzheimers.org.uk (PDF)

  • Okoye, S.M., Wolff, J.L., et al. “Predictors of falls in older adults with and without dementia.” Alzheimer’s & Dementia, 2023. Summary via Drexel University

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  • Jehu et al. Systematic review of exercise interventions and falls in people living with dementia. Journal of Alzheimer’s Disease, 2023. SAGE Journals

  • Alzheimer’s Association. “Anosognosia.” alz.org

  • Gillespie, L.D., et al. “Interventions for preventing falls in older people living in the community.” Cochrane, 2012. cochrane.org

  • Alzheimer’s Disease International. “Our members.” alzint.org

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